Histoire Noire : Je suis un voyou par Gilles Fiolet
Je suis un voyou, une brute épaisse, bien grasse comme un kebab sauce blanche de chez Moktar.
J’ai fait mes premiers coups, là-bas, dans l’Alma. Alma, Roubaix. Un de ces quartiers, où il vaut
sans doute mieux passer son chemin, si on n’a rien à y faire. Enfin, c’est ce qu’on disait aux flics,
quand on zonait au coin d’une rue et qu’ils montraient leur tronche. C’est là-bas que j’ai appris mon
métier de voyou.
A l’époque je traînais avec des mecs pas bien nets, quelques vendeurs de beuh, quelques dealers
de calibres, mais aussi quelques fêlés de la religion. J’ai jamais bien cru en dieu, moi, quel que soit
son nom. Mais bon, avec tous ces mecs, y’avait aussi du blé à se faire. Y’avait aussi des caïds qui
nous faisaient rêver. Comme ce Omar Zemiri qui n’avait pas vu ses potes se faire plomber par le
RAID rue Carette en 96. J’avais dis huit bâtons et je tirais quelques voitures ou me tapais quelques
baraques sur Barbieux, le « 16ème » de Roubaix.
Ce matin de mars 96, j’y suis passé moi rue Carette, je revenais de boite avec ma BM volée, j’ai
vu tout ce bordel, les supers flics partout, ça m’a fait bander. Je me voyais bien m’en faire à la
Kalachnikov. Mais je me suis tiré vite fait et j’ai suivi le reste de l’histoire devant le JT de TF1.
Alors après, j’ai enchaîné. Je suis passé de la BM, pour aller en boîte, à la voiture en série pour le
marché russe, et puis à la came. J’ai même fait travaillé quelques filles, des salopes du quartier qui
voulait se faire un peu de blé pour s’acheter des fringues dans les boutiques du Vieux Lille. On
m’appelait Ultime parce que si on me faisait chier, c’était l’ultime fois. Enfin c’était Ma phrase.
Putain, je m’éclatais bien, j’étais respecté, j’étais riche, j’étais dieu. J’étais recherché aussi pour
braquages. Quelques Crédit Agricole.
Et puis ma meuf est tombée enceinte. Là, j’ai pris une claque. Un mioche, un vrai. Un petit mec qui
s’endort dans tes bras, qui pleure quand t’es pas là, qui te vénère. J’étais plus Ultime mais Papa. Je
me suis tenu à carreaux pendant quatre ans et puis on a manqué de thune, alors je me suis refait une
caisse d’épargne. La dernière fois, pour partir loin. Mais ca a mal tourné, le guichetier a déconné,
il s’est pris une prune. Les gendarmes ont rappliqué, j’ai réussi à me tirer, mais pas mes potes. Je
pense qu’ils m’ont balancé.
Je vous raconte tout ça, je suis venu chercher mon gamin à l’école, j’ai pris un risque mais il me
manquait, la cavale c’est pas bon pour un père, alors je me suis mis sur le trottoir en face, quand il
m’aperçoit, il est content de me voir.
Les flics sont là, ils sortent de je ne sais où, me gueulent un truc que je ne comprend pas, je sors les
mains de mon blouson pour les lever comme il se doit dans ces moments là. J’entends un truc du
genre « lâche ça ! ». Mais j’ai rien. Ils ne donnent pas plus de sommations, ils ne me laissent pas
lever les bras. Un truc me fait horriblement mal dans le ventre, puis un deuxième dans le poumon.
Des prunes, un arbre entier.
Des pleurs, des cris « Papa ! », une phrase « t’as morflé mon crouille ».
Je suis entrain de crever devant mon gamin.







c’est froid comme un gun sur la tempe!!pourtant ca touche le coeur!!
l’animelle
septembre 29, 2011 à 8:46
Merci l’animelle
octobre 1, 2011 à 7:56
D’une seule traite,
Lecture à perdre haleine.
Oppressant, poignant, percutant.
novembre 23, 2011 à 7:55